S'ouvrir au public, tout en protégeant les nombreux trésors dont ils ont la charge, voici le grand enjeux contradictoire des musées. Mettre en sécurité et montrer en même temps. Un exercice que ces établissements culturels réussissent à en croire les chiffres de fréquentation, près de 60 millions de visiteurs accueillis chaque année. Malgré la baisse constatée ces dernières années dans les musées parisiens notamment, en raison des attentats qui ont fait fuir les touristes, la tendance de fréquentation est continuellement à la hausse. Des chiffres que nuancent les spécialistes comme qui reproche au système de compter les entrées, pas les visiteurs. La même personne peut visiter plusieurs fois la même exposition. La méthode d'évaluation est donc perfectible. L'effet massificateur des chiffres ne devant pas faire oublier que la visite de musée reste une activité plutôt élitiste. 25% des Français n'ont jamais mis les pieds dans un musée. La démocratisation de la culture chère à Malraux a encore du chemin. Chemin qu'empruntent justement de nombreux musées.

 

Professionnalisation du métier

Le succès révélé par les chiffres de fréquentation tient probablement à la forte professionnalisation du secteur. Dans les années 90 l'université de Paris 1 était l'une des rares à proposer dans ses locaux de la rue Saint Charles une licence en management des projets culturels. Aujourd'hui on compte pas moins de 15 formations de niveau MBA. Au Celsa, le Master Culture et Tourisme se fixe pour objectif de « concevoir, mettre en oeuvre et évaluer de manière créative des politiques de communication plurimédias mais aussi les politiques des publics, tant des lieux de l’art et de la culture, des destinations que des évènements culturels ». L'offre académique s'est élargie et s'accompagne d'une production théorique, de recherche et de pratiques sur la connaissance des publics, la mise à disposition des œuvres, les parcours... de fait, elle enrichit la muséographie. Cette professionnalisation est également illustrée par l'écosystème des acteurs qui entourent les musées. On identifie ainsi des prestataires spécialisés sur l'accueil dans les musées. L'entreprise Pénélope a un département spécifique pour cela. Muséa, revendique une expertise et propose un accompagnement. Des sites internet se spécialisent dans le recrutement d'agents d'accueil pour les musées. Plus généralement, il n'y a pas d'établissement culturel sans une équipe de professionnels en charge des publics. « L'accueil des visiteurs ne peut plus être seulement une affaire de bonne volonté ou relever de l'improvisation » proclamait Christian Gouyon, alors Chef du département des publics à la Direction des Musées de France. Cinq séquences doivent être considérées dans la définition de l'accueil et des services aux visiteurs : avant l'arrivée du visiteur, à l'arrivée du visiteur, pendant sa visite, au moment de son départ (à propos, disons-le tout de suite, à part le passage par le magasin de souvenir, la sortie est trop souvent le parent pauvre), puis l'après visite ou la poursuite de la relation. Le marché de la culture est un marché de la fidélisation car tant qu'un quart des Français affirmera n'avoir jamais mis les pieds dans un musée, il faudra bichonner ceux qui s'y rendent et les convaincre de revenir.

 

Constant LEKIBY

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